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Portrait de Yasmine Alami Yasmine
Alami
Unité 02 — Casillas Gamboa Supervisée par Anabelle Tougas
Apercu de la planche de vernissage

Paysages habités

Perpétuation et transmission de la pratique de la transhumance au sein des villages amazighs du Haut-Atlas marocain

Dans le Haut-Atlas marocain, la transhumance amazighe, soit le déplacement saisonnier des troupeaux des pâturages des plaines à ceux de la montagne, ne constitue pas seulement un mode de production agro-pastoral : c'est une manière d'habiter le territoire, de transmettre des savoirs et de structurer des paysages culturels.

Aujourd'hui, ces pratiques sont fragilisées par les mutations climatiques, la raréfaction des ressources, les transformations socio-économiques et la perte progressive de certains savoir-faire. Face à ces enjeux, cet essai-projet interroge le rôle que peut jouer l'architecture dans la continuité et la transmission de ce patrimoine immatériel, en évitant à la fois la nostalgie patrimoniale et la rupture avec les réalités contemporaines.

Le projet s'appuie sur le parcours de transhumance reliant le lac d'Izourar, Boumalne-Dadès et le village d'Amazdar, dans la région du Drâa-Tafilalet. Plutôt qu'un objet isolé, il propose un système d'interventions ancrées dans le territoire et liées au cycle saisonnier des déplacements.

Le cœur du projet se situe à Boumalne-Dadès, où s'implante une Maison de la culture amazighe. Pensée comme une halte dans le parcours des familles transhumantes, elle rassemble des espaces d'accueil, de rencontre, de travail artisanal, de repos et de recueillement. L'architecture y est développée à partir de principes néo-vernaculaires et réinterprète les traditions constructives locales, les matériaux naturels (pierre, bois, pisé) et les savoir-faire ancestraux, en les adaptant aux exigences techniques et de confort modernes. L'arrivée au projet, ancré dans le relief, se fait par une progression par le parcours, faisant écho aux principes fondamentaux de la transhumance, tandis que l'épaisseur des murs en pisé, les dispositifs d'ombre et de ventilation et la structure adaptative permettent l'appropriation quotidienne des espaces et l'intégration d'une régulation bioclimatique. Le bâtiment agit ainsi comme un support de pratiques vivantes, où se croisent patrimoine matériel et immatériel.

En continuité de ce dispositif, la tour d'eau d'Amazdar constitue une infrastructure essentielle dans un territoire marqué par la rareté de la ressource. À la fois dispositif de captation, de stockage et repère dans le paysage, elle soutient les usages liés à l'abreuvement du bétail et à la production agricole. Sa présence sobre prolonge les logiques constructives locales tout en affirmant un rôle territorial structurant.

À travers ces interventions, le projet propose une architecture qui accompagne les rythmes de la transhumance plutôt qu'elle ne les fige. Il envisage le bâti comme un outil de transmission, capable de soutenir des pratiques en transformation et de réactiver les liens entre culture, territoire et modes d'habiter.